1er jour : voyage pour Vienne

Jeudi 20 août 2009
 Premier jour du voyage. Après un début de rencontres à l’aéroport, de Blagnac, c’est dans l’avion que les langues commencent à se dénouer et que les liens se tissent petit à petit : nous commençons une véritable aventure humaine que je sais riche en émotions. Après une courte pause à Paris, c’est à bord du vol Air France AF 2038 que nous atterrissons à l’aéroport de Vienne- Schwechat. Déjà la mélodie tant critiquée de la langue allemande résonne à mes oreilles : nous sommes en terrain inconnu et finalement, l’aventure peut commencer.
Au travers de notre bus « Joli Coeur », des premières images de Vienne nous parviennent mais il faut dire que la faim et la fatigue nous assomment de toute part. Arrivés dans notre hôtel, les critiques fusent sur une serveuse un brin revêche déjà surnommée Gretchen. C’est la preuve _ pour Sylvain notamment_ que nous allons mieux. C’est pourtant dans la chambre 429 que nous prenons conscience du programme de demain : nous allons visiter, après une balade en bus, le Kommando de Melk. C’est grâce à cette première réunion qu’un sentiment d’urgence se dessine : l’impression d’un temps menaçant qui nous compresse sans que l’on puisse assimiler paisiblement ce que nous allons tenter de comprendre. L’urgence de la mort successive de nos derniers témoins (combien la mort de Georges peut peser !…) fait avancer l’heure cruciale où personne ne pourra vraiment nous expliquer l’histoire des camps de concentration nazis.
Une problématique : qu’est-ce que la mémoire ? Comment l’honorer en construisant un futur ?
Nous sommes au cœur de l’Europe pour tenter de percer ce problème. Car après tout, c’est une question vitale.
Et nous ne sommes pas seuls pour chercher.
Demain, tout commence.
Pauline

Photo : Les Beaux-Arts de Vienne, lieu remplit d’histoire malgré lui puisqu’il dessina le destin d’Hitler.
Pour les lecteurs, je vous conseille ce roman : La Part de l’Autre, d’E-E Schmitt

2eme jour : Visite de Vienne et du Kommando de Melk

Vendredi 21 août 2009
Après une visite guidée de Vienne quelque peu frustrante (j’aurais aimé que l’on marchât plus pour visiter plus, sans le bus !), c’est avec bonheur que l’on prend conscience de la beauté certaine de la ville : châteaux baroques, d’art nouveau, Beaux Arts où Hitler échoua à deux reprises scellant l’avenir de l’Europe, le Belveder et autres hauts lieux touristiques.
Le déjeuner avalé, nous prenons la route avec la voix berçante d’Annie qui tente de nous faire passer quelque chose en pleine digestion. Direction le Kommando de Melk. L’entrée est camouflée par les arbres et la cheminée du four crématoire cachée par le lierre. Selon Annie, dans 5 ans, on ne voit plus rien. Je crains qu’elle ait raison. Les premières dalles commémoratives nous rappellent quand même que nous sommes dans un lieu de misère. Robert s’arrête : « Ah oui, eux, ce sont les Tchèques. »Il ne reste du camp que le four et la morgue (avec sa table d’autopsie si sommaire.)
Après un dépôt de gerbe et une minute de silence, la conversation avec les aînés peut commencer. Il suffit de jeter une question simple, banale, au hasard, et tout sort. Les larmes de Robert, ému en repensant à ses camarades décédés, transpercent tout le monde. Je suis à côté de lui mais il n’est plus avec nous et je ne peux rien pour lui. Mon bras contre son dos parait si vain… Il poursuit tout de même son récit d’infortune car ce sont ses copains qu’il honore là. Nous portons la mémoire de ces victimes avec lui, mais sans comparaison.
Son récit est long, haché, comme porté par les vagues de souvenirs qui reviennent à sa mémoire. Chose intéressante : sur son chemin vers la libération, il aide une « magnifique jeune femme, les cheveux longs hein ! » qui s’appelle Simone Veil.
Il faut encaisser le coup, ce sera long, difficile surtout et demain, la journée sera la plus pesante de toutes.

Pauline

Photo : Morceau du four crématoire de Melk, 21.08

Quelques aînés

L’ important dans un voyage, c’est aussi les personnes « adultes » (que les guillemets sont subjectifs !) qui encadrent (ou cadrent tout court.)
C’est pourquoi une petite liste est aussi nécessaire pour présenter nos aînés.

Guy MARTY : Monsieur d’une importance capitale, ancien déporté à la parole précieuse, à l’humour certain et à la vivacité que l’on souhaite éternelle.
Robert CARRIERE : Grand homme également, ancien déporté de Dora témoignant depuis quelques années et cherchant à rattraper à sa manière le temps perdu. Homme marquant par sa manière de parler que l’on souhaite avoir toujours auprès de nous.
Nicole CARRIERE : Épouse de Robert, femme absolument adorable doté d’un stylo ravageur, collectionneuse de prospectus. La rumeur dirait même qu’elle pourrait ouvrir une bibliothèque.
Marie-Christine LAFFORGUE : Vice-présidente du Conseil-Général et surtout, militante convaincue au débroussaillage très convainquant.
Guillaume AGULLO : Conservateur au musée de la résistance de Toulouse, jury officiel du Cruchocontest, palme d’or de l’humour le plus raffiné et président de l’association : « Les gens sont naïfs, profitons-en. »
Suzanne AGULLO : Prof d’histoire et épouse de Guillaume ; seule personne humainement capable de le cerner et doté d’une poigne à faire plier un certain Fabien.
Virginie FAURE : Membre du musée de la Résistance à Toulouse, un peu notre maman à tous, toujours là pour tout le monde et qu’on aime. Oh oui, « Mon fiiiiiils! »
Jacqueline et Emilie FERRASSE : Descendantes de Maurice Fonvieille venues honorer leur ancêtre décédé au Kommando de Gusen. Vouent une adoration à un certain Booz.
Annie BOURGUIGNON : Accompagnatrice inestimable d’une ponctualité et d’une rigueur défiant toute agence de voyage. Rien ne serait pareil sans elle.
Annick GOURAUD : Amie de très longue date d’Annie, fidèle accompagnatrice et soutien du voyage.
Jonathan CAKMAK, ou Giovanni : Conducteur de bus italien à l’agilité impressionnante, au coup de volant inimitable et aux tours de magie torturant l’esprit pendant la nuit. Digne propriétaire de Joli-Coeur.
Joli-Coeur : Bus verdié VIP orné de coeurs et aimé de tous.
Guillaume BOUSSARD * : Caméraman tatoué et perchman durant une soirée, doté d’orteils fripés aux ails et fines herbes. Éleveur de chien à ses heures perdues n’hésitant pas à s’intégrer chez les Schleu à l’aide de paroles douteuses et accent germanique. Il peut vous recevoir, il est propre sur lui. Pour faciliter la compréhension, Guillaume sera nommé ici « Will »
 Sylvain BOURJAC : Cameraman n’hésitant pas à occire chaque personne téméraire s’approchant un peu trop près de sa caméra; jeune pongiste fougueux dépendant de sa casquette noire et membre supposé du groupe « J’aime les fiacres et je l’assume. » Euh Ha !

Photo : Nicole, Marie-Christine, Robert, Guy, Emilie : 29.08.09, Club Med de Pompadour