Voyage 2010

Je m’appelle Hugo, j’ai eu quinze ans cette année et, pour la deuxième fois, en 2010, j’ai eu la chance de participer au voyage de mémoire organisé par le Conseil Général. Nous sommes deux jeunes à avoir déjà fait le voyage: Barbara CHAMINADOUR et moi. La grande différence avec l’an dernier, c’est que Robert est le seul ancien déporté. Puisqu’il n’y aurait pas de voyage sans voyageurs, voici la liste des personnes venues avec nous.

Honneur aux dames avec:

Marie BONNEMAISON (17 ans), Barbara CHAMINADOUR (16 ans), Mathilde CARRON (17 ans), Marie ALMERAS (15 ans), Anna GUITTENY (15 ans), Marie FONTALBAT (15 ans), Flora LAFFORGUE (15 ans), Marguerite REBOUX (15 ans), Mandy HAB (15 ans), Emma DIOP (15 ans), Chaïnour MAHAMOUD, Marion DORLANNE (15 ans), Noémie VIONNE (15 ans), Marine BERRY (15 ans).

Puis il y a les garçons:

Raphaël MENEGHIN (18 ans), Paul HENRION (20 ans), Julien Rougé (15 ans), Quentin Sudour (16 ans), Hugo Coll-Petit (15 ans)

Voilà pour les jeunes, il y a aussi les … moins jeunes, qui sont:

Robert CARRIERE: la raison d’être de ce voyage; un homme vraiment remarquable, ancien déporté de Buchenwald et Dora. Il n’a pas témoigné pendant des annéesen pensant qu’ « on ne le croirait pas ». Il est quelqu’un de vraiment remarquable; il a traversé les pires épreuves mais a gardé son humour, son humanité. Je pense que c’est un véritable héros, tout simplement.

Nicole CARRIERE: femme de Robert, elle l’a beaucoup aidé à se remettre de l’enfer qu’il avait traversé, et à l’aider à témoigner. Elle prend obstinément des notes de toutes les visites que l’on fait et est une femme tout à fait adorable et charmante.

Guillaume AGULLO: directeur du Musée de la Résistance de Toulouse. A priori, on pense qu’ils l’ont pris au rabais, mais quand on passe quelques jours avec lui, on se rend compte que c’est quelqu’un d’intelligent, cultivé, et, cerise sur le gâteau, drôle et qui connaît des chansons magnifiques.

Suzanne AGULLO: épouse du précédent, une professeur d’histoire écrivant actuellement un thèse. Elle est capable d’arrêter son mari autrement qu’avec des m&m’s (eh oui, c’est possible).

Marie-Christine LAFFORGUE: vice-président du Conseil Général, personne très engagée contre l’oubli de ce que fut la Déportation.

Claude CALESTROUPAT: fonctionnaire du Conseil Général également, homme au chapeau magnifique et à l’humour raffiné au possible. Il forme un duo redoutable avec Guillaume.

Marie-Claude PETERSEN: professeur d’histoire à la retraite (comme quoi!), gentille et courageuse; plusieurs de ses élèves ont fait partie du voyage.

Geneviève BARUS: voyagiste de talent, appelée tatie Gene (tatie nene pour les mauvaises langues). Un peu notre maman spirituelle.

Antoine (dont je ne connais pas le nom de famille): chauffeur émérite, grand ami de Guillaume notamment, sympa et proche de nous. Lui aussi, bientôt à la retraite, puisque certains ont encore le droit.

Hugo

Sigolsheim

Parmi les lieux de mémoire que nous avons visité lors de ce voyage, je citerai aussi la nécropole de Sigolsheim. Il s’agit de l’endroit où reposent les corps de tous les soldats de la Première Armée Française tombés au combat. Des Français, donc, venus de France métropolitaine, mais aussi du Sénégal, du Maroc, d’Algérie. Des Indigènes engagés pour la liberté d’un pays où ils n’étaient jamais allés. Ironiquement, pour que le grand public ait conscience que ces Indigènes ont existé, il a fallu attendre le film « Indigènes », sorti en 2006.

  Sigolsheim

 

En bus, nous arrivons au milieu d’une colline que nous montons pour arriver finalement dans la nécropole. Un immense champ de tombes nous attend. Des rangées de tombes. C’est une image assez écrasante. Guillaume nous explique encore que beaucoup de soldats sont tombés pour libérer l’Alsace, et que les combats notamment à Sigolsheim ont été particulièrement meurtriers. Nous nous recueillons quelques minutes devant les tombes. C’est vraiment bizarre comme sensation, de côtoyer des morts d’aussi près.

Plus tard, nous repartirons en bus et nous lancerons un dernier regard vers le drapeau, qui flotte au sommet de cette colline. Guillaume nous explique que les tirailleurs Sénégalais, Marocains, Algériens, Tunisiens… N’ont jamais été considérés comme des anciens combattants et qu’il a fallu se battre pour qu’ils soient enterrés avec les autres membres de la Première Armée. Indignons-nous contre cette injustice, c’est le message qu’il veut nous faire passer par cette visite. Hugo

Le Strutof

Après un repas pendant lequel nous recommençons à respirer, nous reprenons le bus. Et là, nous allonsdans un des endroits les plus durs, s’il y a un degré d’horreur, de notre voyage. En effets, nous sommes face à une bâtisse qui semble tout à fait quelconque. Mais un panneau, à l’entrée, nous informe: » Chambre à gaz du camp de concentration de Natzweiler-Struthof ». Il s’agit d’un écriteau en pierre avec ces quelques mots gravés. D’un coup, l’atmosphère devient malsaine, opprimante. Nous entrons et je crois que c’est au moment d’entrer que quelqu’un a fait un malaise.

Une fois à l’intérieur, Guillaume, nous explique qu’à l’origine, ce bâtiment était l’annexe d’une auberge en face, où le tavernier faisait fermenter le chou. Pour ça, il y a trois grandes cuves. Les nazis ont récupéré l’endroit et l’ont transformé en chambre à gaz pour deux effets: fournir en corps un professeur de l’Université de Strasbourg de médecine qui, en contrepartie, devait expérimenter un remède au gaz moutarde en utilisant des déportés comme cobayes et tenter prouver que les corps des juifs étaient différents de ceux des autres peuples. Ils ont donc rempli les cuves à chou de formol et ont mis les corps des « cobayes » dedans. Après la guerre, le gérant de la taverne a voulu récupérer ce bâtiment qu’on lui avait confisqué.

Horreur… C’est un mot bien faible pour qualifier le sentiment qu’ont dû ressentir les soldats américains en découvrant des corps de femmes baignant dans du formol. 

Après avoir vu la chambre à gaz, nous retournons dans le camp à proprement parler, situé à quelques kilomètres de la chambre à gaz. Au lieu d’entrer dans le camp, nous allons un peu au-dessus, où il y une sculpture en mémoire de toutes les victimes des atrocités nazies. Il s’agit de la pierre que l’on voit sur la photo. Elle nous impressionne. C’est à son pied que nous procédons au dépôt de gerbe et à la lecture de poèmes. Nous voyons une stèle gravée dans le sol, avec la mention « Au Déporté Inconnu ».

C‘est à ce moment-là que presque tout le monde a craqué.

Je ne sais plus exactement si nous avons viqité le musée du camp avant ou après ce moment. Mais nous y avons vu pour la première fois, en photo, le visage de Danielle Casanova. Guillaume nous a dit que c’était elle, et nous a conseillé de nous imprégner de ce visage, car Danielle Casanova mérite mieux que l’oubli. C’est le cas de tous les déportés, mais nous avons trop tendance à l’oublier.

Photo: la statue pour la Mémoire du Struthof-Natwiller

Hugo