Le dernier jour

Lundi 29 Août 2011

Matinée piscine, sauna, achat de souvenirs.
Après le déjeuner, nous prenons la route de Toulouse… la vague à l’âme. Dans le bus, on essaie de profiter au maximum de chacun des derniers instant, en sachant qu’on ne revivra probablement jamais une expérience comme celle-ci.
Et comme il y a une fin à tout, on arrive à la gare routière de Toulouse. Les adieux sont déchirants: je ne veux pas partir!!!

De retour chez moi, je déballe tout le voyage à ma famille, leur montre les photos, mon carnet de bord. Et ce jusqu’à ce que j’aie épuisé toute ma réserve de larmes. Et puis je vais me coucher, des souvenirs inoubliables plein la tête…
Ne croyez pas que les jours suivants ont été normaux… Pendant plus d’une semaine, tous les problèmes rencontrés au quotidien me paraissaient superficiels, je me sentais seule et abandonnée, personne ne pouvait me comprendre, j’étais PERDUE, face au monde actuel sans aucun repère, avec pour seul sentiment l’indignation.

A présent, je raconte mon voyage à tous mes proches et amis; et à chaque fois, je repense à cette expérience incroyablement humaine que moi et les autres lauréats avons eu le privilège de vivre.

Au cours de ce séjour, Guy et Robert m’ont transmis la Mémoire du passé par l’émotion (et pas uniquement par les paroles comme à l’habitude). Cette émotion, aussi forte soit-elle, m’était essentielle pour comprendre les faits historiques qui me passionnent. Car, bien que je sois férue de cette période de l’Histoire, que j’ai lu une multitude de livres à son sujet, je ne savais rien. Le pire, c’est que je ne voulais pas savoir, inconsciemment. Encore maintenant, je n’arrive pas à réaliser, je pense, les atrocités nazies qu’ont subis les millions de déportés.

Lundi 29 Août 2011

Florine

La maison des enfants d’Izieu & la dernière soirée à St Nectaire

Dimanche 28 Août 2011

Nous passons la première partie de la journée à la maison d’Izieu; Guillaume ne cesse de nous répéter que ce lieu fût un coin de bonheur pour des dizaines d’enfants juifs pendant la guerre. Un lieu d’espoir et de gaieté, tel une colonie de vacances. Mais comment imaginer la liberté et la joie alors que ce lieu est symbole du contraire: on ne peut oublier que c’est là qu’ont été cachés des enfants juifs « enlevés » à leurs parents pour les sauver de la mort, jusqu’à leur arrestation par Klaus Barbie, le chef nazi qui avait auparavant torturé Jean Moulin. Oui! Malgré le fait que cet homme soit un humain, avec un coeur et une conscience, il a conduit des centaines de personnes à la mort!
A l’intérieur de la maison, des dessins, des lettres et cahiers d’enfants parfois surprenants et souvent tristes; la simple vision du mot « Maman » écrit par un enfant qui ne la reverra jamais me donne les larmes aux yeux…
Nous visitons une à une les pièces de la maison, comme la « salle de classe » ou le dortoir.
Puis, dehors, nous nous recueillons devant la plaque commémorative où les noms des 44 enfants et 7 adultes arrêtés le 6 avril 1944 par les nazis sont inscrits.

Dimanche 28 Août 2011

Les adultes ont tenu à ce que nous lisions un à un les noms de ces justes ou juifs, peu importe, ces êtres humains, que nous connaissons comme une masse et non comme 51 personnes bien distinctes qui doivent rester dans nos mémoires. Cette visite est très dure: elle symbolise le génocide d’enfants innocents! Ajoutons quand même que les hommes et femmes victimes de ce crime contre l’humanité étaient aussi innocents…

Dimanche 28 Août 2011

Nous prenons la route vers St Nectaire où nous allons passer notre dernière soirée ensemble.
A l’arrivée, nous avons peu de temps pour nous préparer, car le programme est chargé: visionnage de diaporamas et vidéos, distribution de cadeaux, cocktails, chants (dont un que nous avons nous-même écrit).

CHANT

Jeunes insouciants et pourtant déjà résistants
Guidés par leurs idéaux, rejoignant leur héros
La malchance les poursuivait et ils furent arrêtés
Par des hommes armés qui les ont tous numérotés.

A 150 entassés dans un p’tit wagonnet
Vous êtes arrivés dans une terreur organisée
Parqués, brutalisés, entourés de barbelés
Bien qu’incarcérés, vous avez su y résister!

Rentrés méconnaissables de cette horreur effroyable
Aucune personne n’a cherché à vous écouter
Mais aujourd’hui grâce à tous les efforts déployés
Nous allons enfin pouvoir prendre le relais.

Vous vous êtes battus avec vos frères disparus
Vous vous battez encore avec votre coeur d’or
Vous nous avez dit de nous souvenir pour l’avenir
Votre mémoire, c’est à nous que revient ce savoir.

Après le repas, nous nous rendons au casino de St Nectaire pour une boum déjantée. Ce n’est que vers 2h du matin que nous regagnons l’hôtel pour continuer la soirée (la matinée plutôt) à parler et rigoler.

Florine

Visite de la nécropole de Sigolsheim

Samedi 27 Août 2011

Après un réveil expédié pour 2 lauréates qui trouvaient une grasse matinée anormale mais bienvenue, nous nous rendons à la nécropole de Sigolsheim, érigée en souvenir des hommes (de toutes les nationalités) tombés lors des combats de janvier et février 1945 pour la France.
Mais, malgré le fait qu’y reposent des hommes aux origines variées, une séparation est très marquée, voire choquante: celle des tombes musulmanes et des autres.
Après un dépôt de gerbe et un recueillement, nous parcourons la sépulture et déchiffrons tous les noms gravés sur les tombes; il faut donner une identité à tous ces héros grâce à qui nous sommes libres aujourd’hui!
Ensuite nous partageons un moment privilégié avec Robert qui nous lit la lettre adressée il y a des années à Paul. Cet homme était son ami détenu (et on sait combien la solidarité pendant la détention de Robert a été importante), mort en déportation.
Robert, à travers cette lecture, nous a livré les émotions qu’il avait ressenties (et ressentait encore) lorsque son ami l’avait quitté.
C’était très émouvant, notamment lorsqu’il répétait plusieurs fois: « Pardon, pardon… ». Pourquoi « pardon »? Pour avoir survécu à la place de ses camarades… en les laissant derrière lui.
Pour Robert, ce moment devait être plus dur que pour nous tous; toutefois, il n’a pas laissé paraître sa tristesse: il paraissait plutôt déterminé. Voilà ce qui fait sa force et son courage: malgré la douleur, continuer à propager la Mémoire.
Avant le déjeuner, nous visitons le vieux Colmar et sa maison Pfister, sa maison des Têtes, et bien sur sa « Petite Venise ».
Puis nous prenons le bus pour une traversée du Jura, avec une escale chez Hélène, une femme résistante déportée à Ravensbrück. Robert la surnomme sa « soeur » et leurs retrouvailles inattendues sont très touchantes.
En fin de journée, nous faisons les dernières répétitions pour le spectacle de demain, fin du voyage 🙁 La mélancolie de fin de voyage commence à s’installer…)
Pour finir la réunion, on visionne les photos datant d’à peine une semaine; c’est à peine si nous nous reconnaissons…
Guillaume nous fait aussi constater que Guy, fatigué au début du voyage, a retrouvé son énergie. Est-ce ce retour dans les lieux qui ont marqué sa vie qui lui a donné encore plus de force pour se battre encore et toujours pour que jamais ne s’oublie la Mémoire?

Florine