Retour sur Toulouse

Mercredi 29 août 2012

Enfin on peut se lever tard ! Enfin tout est relatif, le petit-déjeuner n’est servi que jusqu’à 10h. La matinée sera très tranquille. Au programme, piscine, jacuzzi, sauna. On se coule, on saute partout, on joue à qui restera le plus longtemps dans le sauna et qui aura le courage d’aller prendre une douche gelée. On ne pense à rien, on ne pense surtout pas à la fin du voyage, il faut profiter jusqu’au bout ! A midi, on sort (dommage mais il faut bien se nourrir !), et on se retrouve dans la salle à manger du restaurant. Allez cette fois on est en France, c’est notre dernier repas tous ensembles, ils ont fait un effort pour faire autre chose que des pommes de terre et des fruits rouges ! Ah non finalement, ils n’ont pas voulu nous dépayser et on aura droit à des pommes de terre vapeurs et une mousse de fruits rouge en dessert… C’est gentil on en avait pas eu assez !
Puis on fait un dernier tour, on ferme nos valises, et on jette un dernier coup d’œil à l’hôtel qu’on aura encore une fois partagé, pour notre dernière soirée ensemble. On quitte Saint-Nectaire le cœur gros, on sait tous pertinemment que quand le bus s’arrêtera, on sera à Matabiau, qu’on retrouvera nos parents, et que ces adieux seront des plus difficiles…
Dans le bus l’ambiance est plus que jamais électrique. Margaux lance l’idée du siècle, nos tee-shirts on va les garder et tout le monde laissera un petit mot sur chaque ! Et c’est parti pour du trafic de tee-shirt, on ne sait plus lequel est à qui, on arrive pas à écrire correctement, mais tant pis ! Le souvenir est le souvenir. Même Guillaume les signe tous. Bien sûr, sur le mien, impossible de ne pas comprendre que je suis bretonne… Sur 17 mots gentils, 11 me rappellent d’où je viens !
Le voyage se déroule beaucoup trop vite à mon goût et quand je commence à reconnaître le paysage toulousain, une espèce de mélancolie s’empare de moi… Et ce que je me suis dit la veille me revient en mémoire… Plus jamais.
A l’arrivée, c’est la débâcle. On essaye de garder la face un instant mais très vite on replonge, c’est impossible. C’est en larmes que je fais mes adieux, prenant le temps de discuter une dernière fois avec tout le monde, d’enlacer les gens avec qui j’étais le plus proche. C’est en entendant les derniers « A bientôt, on se revoit vite ! », « Tu vas vraiment me manquer » ou « Ne change jamais » que je comprend que ces gens là, même si on se perd de vue un jour, auront été, en 10 jours à peine, une part très importante de ma vie.
Je sens que mon père s’impatiente, même si il se tait, je suis bien obligée de partir et de laisser tout ça derrière moi. Mon père pose des questions, me demande si c’était bien, ce que j’ai vu… Papa, j’aimerai mais je ne peux pas te répondre. Laisse moi le temps d’évacuer, laisse moi le temps de me remettre. Ensuite je te raconterai.

Caluire-et-Cuire

Mardi 28 août 2012

Après le petit-déjeuner, nous partons pour Caluire-et-Cuire, dans la banlieue lyonnaise. C’est dans cette ville que se trouve la maison où ont été arrêtés Jean Moulin, Emile Schartzfeld, Raymond Aubrac et d’autres chefs de mouvements résistants. En effet, après l’arrestation du chef de l’Armée Secrète à Paris, Jean Moulin veut réorganiser la Résistance le plus rapidement possible et planifie une réunion le 21 juin 1943, avec au total sept membres importants de la Résistance. Malheureusement, la maison ne comportait pas d’issue de secours et tous ont été arrêtés par la Gestapo. Aujourd’hui s’y trouve le Mémorial Jean Moulin. La maison a été réaménagée comme à l’époque, des meubles et quelques objets y ont repris place. Le sous-sol est lui aménagé en salle multimédia, où défilent des documentaires sur Jean Moulin, sa vie et son oeuvre au sein de la Résistance. C’est assez difficile d’imaginer les conditions d’arrestation mais grâce aux moyens mis en oeuvre pour nous aider, on a une idée un peu plus précise de ce qui a pu se passer.
Nous déjeunons à Saint-Etienne puis roulons jusqu’à Saint-Nectaire, où nous passerons notre après-midi à nous préparer pour la soirée. Car en effet ce soir, c’est le soir du spectacle. Après avoir passé quelques heures à s’organiser pour finir les tee-shirts, le diaporama, pour apprendre la chanson et répéter le Chant des Marais et le Chant des Partisans, pour retenir la chorégraphie, à courir partout pour trouver un crayon, une brosse ou un mascara, à aller frapper à toutes les portes pour savoir si quelqu’un a un sèche-cheveux et demander 15 fois à quelqu’un « C’est bon là ? », on arrive enfin au cocktail de l’amitié, où on retrouve tout le monde. On commence par les chants, sérieusement. Puis, de légers sourires apparaissent sur les visages et on met nos tee-shirts, chacun ayant bien retenu sa place, pour former des mots comme « Histoire », « Mémoire », « Guillaume’s Jokes », ou « Merci beaucoup à tous » (Oui oui, on a réussi). On danse, on se trompe, on s’en fiche, on s’amuse. Ensuite Philippe lance le diaporama, retraçant tout notre voyage, des moments symboliques aux moments les plus superficiels, des larmes aux éclats de rire. Et finalement, on offre nos cadeaux, en remerciant de tout cœur ceux qui nous ont accompagnés, autant physiquement que psychologiquement.
C’est déjà l’heure du repas, et ensuite nous partons à pied vers le Casino de Saint-Nectaire. La boîte nous est entièrement réservée et niveau musique, il y en a pour tous les goûts… Peut-être un peu trop d’ailleurs. On se lâche, on fait n’importe quoi et on descend nos verres. Vers une heure que j’ai oubliée (il faisait nuit, c’est tout ce dont je me souviens), on quitte cet endroit, on a chaud et on est exténués, mais on aura passé une très bonne soirée. On rentre à pied aussi, on crie dans la nuit, on danse encore à moitié. Mais une fois dans nos lits, après s’être tous enlacés, tout retombe d’un coup. Je me rend compte que c’est fini, que demain soir chacun sera chez soi, que plus jamais je n’entendrais « La fille du bédouin », que plus jamais je n’aurai à chercher une valise qui n’est pas la mienne pour l’emmener devant la bonne porte, que plus jamais je ne m’endormirai à 2h du matin en me disant « Mais qu’est ce qu’il va m’arriver demain ? », que plus jamais je ne chanterai toutes les chansons des années 80 à table comme si c’était normal, que plus jamais je n’entendrai autant de blagues pourries en une journée, que plus jamais je ne ressentirai cette émotion, celle de se sentir ailleurs, très loin, comme si c’était un rêve, une parenthèse dans ma propre vie, celle qui donne envie de rester là pour toujours. Plus jamais. Et c’est ce qui fait mal.

Demain le rêve s’achève.

Passage par Beaune