Le camp de Neuengamme

Mardi 21 août 2012

Le réveil sonne, tôt. On se lève vite, et on se retrouve tous dans la salle de restaurant de l’hôtel. Le petit-déjeuner est un buffet bien copieux, pour rassasier tout le monde. On reprend les discussions de la veille là où on les avait laissé. Après avoir fait le plein de Nutella, on remonte dans les chambres, on fait les bagages, on récupère toutes les valises. Nous partons de Hambourg en bus, en direction de Neuengamme, le premier camp, à 25 km au sud-est de Hambourg. Geneviève nous explique l’histoire de Hambourg, puis celle de Neuengamme au micro du bus. C’est une belle journée. L’atmosphère est faussement légère. Petit à petit, le stress monte. La ville a laissé place à la campagne… On annonce notre arrivée prochaine, puis on passe le panneau annonçant le camp. Toutes les têtes se tournent vers les fenêtres. Chacun essaie d’apercevoir ce qu’il s’imagine être un camp. Peut-être une porte, des rails, des barbelés ou des baraquements. Nous arrivons sur un chemin bordé d’arbres. Le camp n’est plus très loin, on le sait. En premier, on voit des poteaux. Puis des rails. Le wagon de Neuengamme. Et enfin un portail, devant lequel le bus s’arrête. On y est.

Tout le monde descend, et on sort de la soute la gerbe qui sera déposée au mémorial. Un groupe de jeunes arrive en même temps que nous, MP3 aux oreilles, en short et sandales, parlant et riant fort. On fronce tous les sourcils. Que font-ils ? Se rendent-ils bien compte de l’endroit où ils sont ? On se jette des regards d’incompréhension pendant qu’ils s’éloignent… Guillaume nous rassemble, nous situe sur le plan de notre plaquette puis nous parle du camp. Neuengamme est un camp de concentration crée en décembre 1938 par des déportés du camp de Sachsenhausen, où les prisonniers travaillent, pour la plupart, à la briqueterie du camp. Ils ont aussi aménagé, à la pioche et à la pelle un des bras de l’Elbe en canal. Guillaume parle, nous écoutons. Puis, c’est au tour de Robert de raconter. Il veut commencer par son voyage en train, puis par son arrivée. Mais soudain, il craque et se met à pleurer. Ce voyage n’est pas une première pour Robert, mais le récit est toujours très difficile à entamer. Surtout que cette année, Robert est seul. En effet, Guy Marti, pour des raisons de santé, n’a pas pu nous accompagner. « Seul face à l’Histoire ». Robert se reprend, et nous raconte. Un voyage terrible, dans des conditions inhumaines, qui devait être le début de la déportation, « l’acclimatation » du prisonnier. Une arrivée brutale, où tout ce qu’ils connaissent n’existe plus. Les S.S. les dépouillent de leur effets personnels, leur attribuent un numéro, qu’il faut apprendre, et en allemand. Nous nous dirigeons ensuite vers la voie de chemin de fer, qui arrivait jusqu’au camp. Sur cette voie, il y a un wagon. C’est un wagon à bestiaux, avec un marche-pied très haut. Sur ce wagon, il y a une image : celle de déportés, serrés dans ce wagon. Ca nous donne une petite idée de ce que ce wagon pouvait être. Ce qui la précise, c’est quand Guillaume nous demande de nous serrer dans un petit espace et qui nous dit « Voila. Imaginez ça pendant 3 jours et 3 nuits, sans rien à manger ni à boire, sans aucune hygiène. » D’accord, on commence à se faire une meilleure idée…

Nous faisons le tour du camp, en passant devant les blocks, matérialisés par une épaisseur de pierre. Chaque block a sa fonction. Robert continue de nous raconter son histoire devant la prison : sa maladie, de l’œdème. Heureusement, il a été sauvé par un médecin français, qui lui évita l’infirmerie (le Revir) et donc la mort assurée. Encore quelques souvenirs dans le grand bâtiment en brique du fond, aménagé en musée. Là, il nous parle de son retour en France. Très maigre (30 kilos), malade, Robert n’avait qu’un souhait, rentrer chez lui. Il a d’abord du passer par Paris avant de revoir la ville rose. Nous avançons encore dans le camp, et nous arrivons à la place SS, un peu excentrée. Cette place, nous l’avons déjà vue. Elle est en photo dans notre plaquette. Pouvoir faire un rapprochement entre cette photo et l’endroit où nous sommes me donne la chair de poule… D’autres renseignements sur le camp, d’autres anecdotes que nous acceptons plus ou moins facilement… Nous revenons à notre point de départ. Le tour du camp est fini. Mais pas la journée. Le mémorial nous attend encore. Nous remontons donc dans le bus, même si ce n’est pas très loin. Dommage pour les garçons qui ont porté la gerbe pendant toute notre visite… Nous arrivons au mémorial. C’est une grande colonne, appellée Tour de la mémoire, où est inscrite la phrase « Euer leiden, euer kampf und euer tod sollen nicht vergebens sein ! », en français « Que leur souffrance, leur lutte et leur mort ne soient pas vaines ! ». Pour y accéder, nous passons devant des dalles au nom des nations auquelles appartenaient les prisonniers de Neuengamme. Petit pincement au coeur en voyant celle de France. Nous lisons deux poèmes écrits à Neuengamme par Jean-Pierre Voidies et déposons la gerbe au pied de la Tour. Puis nous observons une minute de silence. Nous repartons par où nous sommes arrivés, et remontons dans le bus. Pour quelques minutes, il est étrangement calme. Nous partons pour Orianienbourg après avoir déjeuné.

Nous arrivons à l’hôtel an der Havel. Procédure habituelle de montée dans les chambres, où chacun se détend. On nous propose ensuite une ballade aux environs de l’hôtel, le long de la rivière. Tout le monde est partant et nous faisons la première parenthèse du voyage, où on oublie tout. On profite simplement du moment. Le soir, le dîner est servi dans la salle de restaurant. Après le repas, Guillaume nous donne rendez-vous dans une chambre. On s’entasse donc comme on peut, à 19 dans une chambre pour deux. On debrief la journée. Qu’avez-vous ressenti ? Vous êtes-vous senti dans un camp ? On se rend compte que personne n’a pleuré. On a juste accepté froidement. A force de questions et de débats, Guillaume nous fait parvenir à cette conclusion : nous n’avons rien ressenti parce que ce n’était pas ce qu’on attendait d’un camp. En effet, pas de barbelés, de four crématoire ni de cheminée, et que des baraquements nouveaux. Rien d’origine. Mais il fallait passer par ce camp pour en apprendre l’organisation, les différentes parties. Comme ça, pas besoin de le répéter pour le camp de demain, et place au ressenti. Après cette longue discussion, Guillaume nous laisse entre nous, et ce qui s’est passé cette nuit là restera dans cette chambre. Ce que je peux vous dire, c’est qu’à partir de ce moment, nous étions désormais une nouvelle famille.

Arrivée à Hambourg

 

A la mémoire de Marie-Christine

Hommage à Marie-Christine

J’ai appris hier une triste nouvelle: Marie-Christine Lafforgue, conseillère générale, qui a participé avec nous à de nombreux voyages, nous a quittés dans la nuit de jeudi. J’écris cet article pour lui rendre un hommage, au nom de tous ceux qui l’ont côtoyée pendant le voyage; mais je ne sais par quoi commencer, ni que dire, tant il y aurait à dire.
Il y avait un message, écrit dans un ddes camps que nous avons visités, et que tu incarnais bien: « s’engager, résister, combattre ».
Marie-Christine, je voudrais te remercier d’avoir été là; et je voudrais partager une histoire qui résume le message que tu nous as laissé. Nous sortions d’un camp, où les baracks ont été remplacées par des maisons; évidemment, nous étions scandalisés, et toi la première. Mais ce qui a mis ta colère à son comble était un panneau publicitaire planté dans le camp, comme une moquerie. Tu l’as d’abord remarqué, mais n’a rien fait.
Plus tard, en revenant, le panneau bougeait. Il m’a fallu du temps pour réaliser que c’était toi qui essayais de le casser. Malheureusement, tu n’as pas réussi…
Alors, encore une fois, si j’ai un seul mot à te dire, Marie-Christine, c’est merci. Merci d’avoir partagé nos pleurs devant les atrocités que nous avons vues ensembles, nos rires dans les moments joyeux, et notre besoin de comprendre. Pour tout cela, merci encore, Marie-Christine. Nous pensons à ta famille, et nous partageons leur douleur, dans ce moment difficile. Au revoir…