18 Août : Carrière de Mauthausen et Hartheim

Ce matin nous retournons à Mauthausen afin de découvrir la carrière de granite. Faire ce camp en deux fois a été une bonne idée. Tout sur une seule journée aurait fait beaucoup de choses à encaisser. Nous voila donc une nouvelle fois devant les hauts murs de pierre, toujours aussi imposants. Nous foulons pour la seconde fois le chemin vers l’entrée du camp mais au lieu de remonter sur la droite nous prenons le chemin qui descend sur la gauche. Les barbelés qui longeaient le chemin ont aujourd’hui disparu. Nous essayons de nous mettre à cinq côte à côte comme devaient l’être les déportés mais la route n’est pas très large et nous nous marchons presque les uns sur les autres. Nous arrivons en haut de l’escalier qui descend à la carrière. Il y a une plaque explicative sur « l’escalier de la mort ». Il comporte 186 marches autrefois de taille différente et a été construit par les déportés eux-mêmes. Ils descendaient à la carrière en rang par cinq, exploitaient le granite et remontaient, toujours en rang par cinq, avec une pierre sur l’épaule pouvant peser jusqu’à 55kg. Au pied de la plaque se trouvent quelques blocs de granite. Guillaume en prend un et nous le fait porter chacun notre tour. La pierre n’est pas de grande taille mais le granite est une roche très dense, certains se font emporter par le le poids du bloc que Guillaume nous fait passer. Les détenus remontaient des pierres parfois trois fois plus grandes que celle que nous venons de porter à peine un instant. Et ce toute la journée, tous les jours. Comme nous l’a dit Guillaume « Le plus difficile à imaginer pour nous ce n’est pas l’horreur mais la permanence de l’horreur. »
Nous commençons à descendre les 186 marches vers la carrière. L’escalier est raide, vertigineux, nous faisons attention à ne pas tomber. Nous arrivons dans la carrière aujourd’hui verdoyante, des arbres ont poussé entre la roche, la fosse est remplie d’eau et des poissons y nagent. La vie a reprit ses droits dans ce lieu de mort et de souffrance. Difficile d’imaginer cet endroit terne, poussiéreux, résonnant de coups de pioche et de hurlements. La carrière est profonde, elle semble nous engloutir. La falaise de gauche, celle au bord du chemin, est appelée « mur des parachutistes ». Les SS avaient pour habitude de pousser des détenus du haut du mur. Nous écoutons attentivement les explications de Guillaume qui nous parle du groupe de femme qui avait son campement au fond de la carrière. Des tentes, pas de bâtiments en dur, elles n’avaient au début même pas de distribution de nourriture, c’était les hommes qui leur apportaient les barils de soupe en venant travailler. Rien n’avait été prévu pour elles. On parle très peu de ces femmes qui ont vécu à Mauthausen. Mais elles étaient bien là, on ne doit pas les oublier.
Nous repartons vers l’escalier. Lorsque nous sommes à son pied, on ne voit pas la fin, il semble interminable. Nous remontons, les yeux rivés au sol, les 186 marches de l’escalier de la mort. A côté de moi, Lucile compte les marches au fur et à mesure que nous montons, elle n’est pas la seule. 180, 181, 182, 183 ,184, 185, 186. Nous sommes en haut, essoufflés. Nous reprenons le chemin en sens inverse. A l’arrière du groupe, nous sommes 4 ou 5 à discuter avec Guillaume. Il nous raconte que lorsqu’il avait fait le voyage en tant que lauréat, il était également venu à Mauthausen. Un garçon de son groupe avait décidé de remonter un bloc de granite de la carrière. Ils s’étaient alors tous relayés pour porter la pierre jusqu’au bus. Cette pierre est aujourd’hui à Toulouse, au musée de la Résistance et de la Déportation.

Guillaume nous parlant du campement des femmes dans la carrière.

Retours de la carrière par l’escalier de la mort.

 

Nous reprenons le bus en direction du château de Hartheim. Réquisitionné dès 1938, le château devient le premier centre de mise à mort immédiate. Le bâtiment fut le lieu d’assassinat de personnes handicapées dans le but de « purifier la race aryenne ». Le programme, portant le code de « Aktion T4 », a fait, jusqu’à son arrêt en 1941, 18 269 victimes hommes, femmes et enfants. En 1942 c’est sous le programme « Sonderbehandlung 14f13 » que des déportés des camps voisins sont assassinés au château de Hartheim jusqu’en 1944.
Nous descendons du bus et nous avançons vers le château aux murs d’un blanc éclatant sous le soleil. « Ça aurait pu être un de nos hôtels » lance une personne du groupe. Oui, c’est vrai, l’agencement du bâtiment ressemble à celui de notre premier hôtel. Nous entrons dans la bâtisse et arrivons dans la cour des arcades. Le sol est recouvert de petits cailloux blancs. On a du mal à garder à l’esprit qu’un endroit si joli ait été témoin de tant de crimes. On s’assoit une nouvelle fois en arc de cercle devant Guillaume et écoutons l’histoire de Hartheim.
Nous passons ensuite dans différentes pièces. Les murs sont recouverts de panneaux explicatifs et de photos. Dans une salle court le long des murs de grandes plaques de verre avec les noms des victimes mortes à Hartheim. Il y en a tellement ! Il doit y avoir presque 20 plaques avec plus de 150 noms sur chacune. Les dernières sont vides, elles représentent les personnes assassinées au château dont on a pas trouvé le nom. Nous progressons ensuite, les uns derrière les autres, sur une passerelle à environ 20 centimètres du sol. Elle circule en fait dans la chambre à gaz et la salle du four crématoire. Si Guillaume ne nous l’avait pas dit, nous ne l’aurions pas su. Il ne reste plus rien du four, juste un halo de lumière pour marquer son emplacement. Les nazis ont envoyé, de décembre 1944 à janvier 1945, des groupes de déportés espagnols de Mauthausen détruire toutes les traces. La passerelle est là pour éviter de marcher là où les corps sont tombés, en signe de respect.
Nous passons ensuite à l’étage avant de redescendre dans la cour pour le dépôt de gerbe et la minute de silence. Comme nous avions très légèrement dépassé l’heure de fermeture (Pas plus de 30min !) nous n’avons pas fait la lecture du poème Une Poupée à Auschwitz de Mosche Shulstein. Nous repartons donc vers le bus après la minute de silence.

Façade du château de Hartheim.

Cour des arcades.

Plaques des noms.

 

 

 

 

 

 

 

 

Vue d’ensemble du château.

Il ne reste plus rien des crimes nazis au château de Hartheim et c’est si joli, c’est très difficile de se rendre compte que dans ce lieu des milliers de personnes ont été assassinées. Même des enfants ! La barbarie nazie n’a aucune limite.

 

Nolwenn

Voyage de Mémoire 16-25 Août 2017

Nouvelle année de CNRD. Qui dit nouvelle année dit nouveau groupe de lauréats et nouveau voyage. Pour nous ce fut direction l’Autriche puis la Suisse avant de revenir sur Toulouse par le Sud-Est de la France. Avant de vous raconter ce voyage qui nous a tant apporté, une présentation du groupe s’impose.
Nous étions un nombre plus important de lauréats que les autres années.

14 (anciens) collégiens : Ana, Baptiste L., Charline, Charlotte, Clarisse, Corentin, Elea, Florian, Lucie D., Lucie G., Lucile, Manon A., Manon C., Oriane
Et 8 lycéens : Baptiste G., Élise, Émeline, Guehane, Laurine, Liora, Nolwenn, Yazid

Mais le voyage n’aurait jamais pu se faire sans les 5 personnes qui nous ont accompagnés ! J’ai nommé :
GUILLAUME AGULLO directeur du musée de la résistance et de la déportation de Toulouse. Véritable encyclopédie vivante, Guillaume a été le pilier de ce voyage. Possédant des connaissances illimitées en Histoire, contrepèteries, blagues sur les bretons, jeux de mots et chansons il faisait passer les trajets en bus à une vitesse exceptionnelle. Ses discours, ponctués de blagues dont lui seul a le secret, nous ont absorbés tout au long de ces 10 jours.
JÉRÔME BUISSON conseiller départemental délégué à l’Histoire et la Mémoire en Haute-Garonne. Il a su nous toucher par ses discours poignants sur la fraternité qui ont permis de souder le groupe. Toujours là quand on a besoin de lui, Jérôme nous a énormément soutenus.
GENEVIÈVE BARUS organisatrice du voyage. Geneviève nous a concocté un planning d’une précision chirurgicale et nous a déniché les meilleurs hôtels. Ce fut la Maman du groupe, nous soutenant tous et toutes dans les moments difficiles, riant avec nous dans les moments de joie, complice de Guillaume pour les dahuts et les vaches Milka.
SONIA professeur d’Histoire-Géographie et archéologue à ses heures perdues. Personne aux connaissances largement étendues, discuter avec Sonia est toujours enrichissant. Dotée d’une grande sensibilité et de beaucoup d’humour, sa présence à nos cotés a été d’un grand soutient.
ESTELLE professeur d’anglais et de SVT, lauréate du concours en 1997. Voyage difficile pour Estelle qui revient sur les mêmes lieux 20ans après. C’est une personne très chaleureuse et joviale, discuter avec elle est un plaisir. Son petit mot à la fin nous a tous énormément touchés, on aurait voulu qu’elle reste.
JOSÉ conducteur de notre deuxième maison du voyage, le superbe bus Verbus. Discret pendant le voyage José n’en a pas moins piloté habilement notre véhicule à travers les rues de Valence. Coup de volant digne d’un pilote de formule 1 et marche arrière légendaire.

Ce voyage a été très particulier. Outre le fait que le groupe ne soit pas composé de la même manière que les années précédentes, ce fut la première fois qu’aucun ancien déporté accompagne le voyage. Énorme pression pour Guillaume qui devait réussir à nous transmettre la parole et les émotions des anciens déportés à lui seul. (Ne t’en fais pas Guillaume tu as été plus que parfait !) Même s’ils n’étaient pas physiquement avec nous on savait qu’ils pensaient à nous. Et nous on pensait à eux, on pensera toujours à eux. Est-ce l’absence de témoins directs qui a fait que le groupe a été un peu lent à se souder ? Ou simplement les personnalités et caractères de chacun?  On ne sait pas. Mais ce qu’on sait c’est que aujourd’hui nous sommes liés par ce que nous avons vu, ce que nous avons vécu. Guillaume et Jérôme nous qualifiaient de « groupe diesel » « Ça met du temps à prendre et à démarrer mais une fois que ça ronronne ça dure toute une vie » comme nous l’a si bien dit Guillaume dans le bus.

Fraternité Laïcité Mémoire Histoire Émotion Engagement Prise de conscience Amitié Blagues Rires Dahut Boite a meuh Souvenirs

Ces quelques mots pour qualifier notre voyage. La suite vous en dira plus.

 

Nolwenn

 

 

 

16 Août : Aéroport Toulouse-Blagnac

Rendez-vous 8h au Hall C. On se retrouve tous avec nos parents et nos valises. Je connais déjà quelques personnes du voyage. Apercevant Lucie, je me dirige vers elle et on commence à discuter. Puis Manon arrive avec son amie alors on les rejoint et on commence à faire connaissance toutes les quatre. Tout le monde est un peu timide. Ceux qui se connaissent discutent entre eux mais certains ne connaissent personne. Les places de l’avion attitrées par ordre alphabétique vont donner l’occasion de parler un peu avec les voisins.
14h15 Arrivée à Vienne. Guillaume nous demande de faire des groupes pour récupérer les valises et les rassembler dans un coin. On s’organise rapidement et très vite toutes les valises sont là. On voit déjà que le groupe fonctionne bien. Chacun récupère ses affaires et on se dirige vers le bus. Guillaume a réussi à faire croire à certains que nous allons avoir un bus scolaire américain jaune par manque de budget cette année. Nous arrivons devant notre bus de luxe. Grand bus noir de 3m96 précisément, confort extrême et minibar à l’arrière. Les trajets se promettent agréables.
Dans le bus les langues se délient. On parle de tout et de rien avec nos voisins. Guillaume présente les 5 accompagnateurs, nous explique un peu le voyage et nous parle du premier lieu de mémoire vers lequel nous allons. Il s’agit du kommando de Melk.
Aujourd’hui transformé en caserne militaire, il ne reste du kommando de Melk que le four crématoire qui a été mis en service le 6 Novembre 1944. 4 063 déportés y ont été incinérés à partir de cette date. Près de 15 000 Hommes ont été détenus à Melk, dont environ 1 500 Français.
On entre les uns après les autres dans le bâtiment sans trop savoir à quoi s’attendre. On va, pour commencer, dans une petite salle. Difficile d’y rentrer à 28. Les murs sont couverts par des panneaux explicatifs avec des photos et au centre de la pièce il y a une maquette représentant le kommando à l’époque. Guillaume nous explique que les déportés travaillaient à l’extérieur du camps. Que tous les matins et tous les soirs ils passaient devant les fenêtres des maisons. Et ils disaient ne pas savoir. C’est révoltant. Nous écoutons attentivement les paroles de Guillaume. Il finit en nous demandant « Vous savez ce qu’était cette pièce ? C’était là où on entassait les morts avant de les bruler dans le four. ». Silence. Nous n’avions pas vraiment prêté attention à l’agencement de la pièce. En effet elle est construite pour. Un plancher incliné vers la bouche d’évacuation au centre, une double épaisseur de mur pour isoler du froid et de la chaleur et elle est située juste en face de la salle du  four crématoire. Nous circulons dans les différentes salles. Dans chacune d’elles, Guillaume nous explique à quoi elles servaient. Elles sont toutes repeintes en blanc immaculé, on a du mal à se projeter.
On entre dans la pièce du four crématoire. Je sens que l’atmosphère est lourde. Un frisson me parcourt or il ne fait pas froid. C’est comme un froid intérieur. Je n’ai pas réussi à me réchauffer du reste de l’après-midi. Même la climatisation du bus me donne froid. Les murs de la salle sont couverts de plaques commémoratives, écrites en toutes les langues, il y a des fleurs aussi, avec des drapeaux différents. Il y a un grand panneau de liège avec des photos de certains déportés. On oublie trop souvent qu’ils ne sont pas simplement un nombre ou un groupe mais que ce sont des individus avec un nom, une histoire, une famille, un visage. Guillaume nous laisse un peu de temps pour circuler dans la pièce. Certains s’avancent vers le four, d’autres vers les plaques. Je fais parti du deuxième groupe, lisant les noms gravés dans le marbre. On finit par ressortir. L’air du couloir me semble plus léger, plus volatil.
On se met tous en arc de cercle devant la plaque commémorative Française située sur le mur de la cheminée, afin de déposer la gerbe. Ce sont Émeline, Guehane et Yazid qui déposent cette première gerbe avec Jérôme. Minute de silence. On prend le temps de repenser à cette découverte de Melk, de repenser aux paroles de Guillaume.
Ensuite on se rassemble tous autours de Guillaume qui nous raconte une anecdote d’un de ses passage en Autriche. Il nous parle des retrouvailles entre un ancien déporté Français et son compagnon Polonais. Son discours, qu’il prononce d’une voix forte, est vibrant, saisissant. On ressent les émotions que Guillaume nous transmet. On sait que le voyage va être fort.

 

Arrivée du groupe devant le crématoire de Melk.

Four crématoire de Melk.

Cheminée du four crématoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dépôt de gerbe.

On remonte dans le bus pour aller à notre premier hôtel. On sort toutes les valises en un temps recors avec, encore une fois, une organisation parfaite. Geneviève nous réparti les chambres et nous donne rendez-vous à 19h45 pour le repas. Après avoir mangé quelques plats étranges aux ingrédients non-identifés (poires, navets, fromage, lard mais on n’en est pas vraiment sûrs) on se retrouve tous dans une chambre de trois pour la première réunion du voyage. On fait le bilan de la journée, on apprend de nouvelles choses et on prépare la journée de demain. Le voyage a commencé.

Nolwenn

 

 

 

17 Août : Kommando de Gusen et Mauthausen

Ce matin départ à 8h30 pour le kommando de Gusen. Ce camp d’extermination par le travail est construit près de la carrière de Gusen en Mars 1940 par 400 détenus du camp de Mauthausen, situé à 4km. Près de 37 000 déportés meurent à Gusen, soit environ un tiers des morts recensés dans les camps situés en Autriche. Le kommando de Gusen est constitué de 3 sections. La carrière de granite de Gusen I, l’usine souterraine d’armement de Gusen II et la briqueterie de Gusen III.
Après avoir longé en bus la voie ferrée que les wagons des déportés empruntaient, nous arrivons au mémorial du camp de Gusen. Nous sommes accueillis par Martha. Une femme vraiment extraordinaire ! Le négationnisme est très présent en Autriche et Martha fait partie de ceux qui se battent pour la Mémoire dans son pays. Malgré toutes les menaces et les violences qu’elle a subit (voitures brulées, caillassées…) elle ne s’est jamais arrêtée. Martha nous guide dans le musée et nous raconte l’histoire de Gusen avec une remarquable maitrise du français. Il ne reste du kommando de Gusen que le four crématoire. Là où se tenaient auparavant les baraques, il y a aujourd’hui des lotissements et des maisons. Comment peuvent-ils vivre ici ? Se rendent-ils compte qu’ils nettoient tranquillement leur voiture là où des milliers de gens sont morts, victimes de la barbarie nazie ?
« Gusen c’est votre Histoire, notre Histoire. Le jour où on considérera que c’est juste leur Histoire, le travail de Martha et des autres s’effondrera. » Guillaume a raison. A Gusen il a eu des détenus Français, Russes, Espagnols, Allemands… Ils venaient de toute l’Europe. Nous sommes tous concernés.
Nous nous rendons au bâtiment du four crématoire. Nous y faisons le dépôt de gerbe et la minute de silence puis Ana, Charline, Émeline, Guehane, Yazid et moi lisons le poème Gusen de Jean Cayrol. Nous lisons d’une voix forte, distincte. Pour eux, pour qu’ils nous entendent.
Martha nous parle des 420 enfants tués à Gusen en Février 1945. Parmi eux des bébés. Des élèves d’une école ont réalisé une œuvre en leur mémoire. Des petits morceaux d’argile colorés avec un nom sur chacun. Certains craquent à la vue vue de ces poteries représentant ces innocentes vies brisées. Ce n’étaient que des enfants.
Au moment de partir nous remercions tous chaleureusement Martha pour ce matin et pour tout ce qu’elle fait au quotidien. A son tour, elle nous remercie, les larmes aux yeux, de notre engagement. C’est tellement touchant, jamais nous n’oublierons Martha.

Martha nous expliquant l’histoire du camp.

Lecture du poème.

 

Après avoir mangé nous reprenons le bus en direction du camps de Mauthausen. Sur la route nous passons devant une grande bâtisse avec des caméras à l’entrée. C’était autrefois l’entrée du camp de Gusen…
Au micro Guillaume nous parle de Mauthausen. Le camp a été construit par les déportés eux-mêmes. Ils exploitaient la carrière de granite en contre-bas et remontaient les blocs de pierre afin d’ériger les murs qui mesurent plusieurs centaines de mètres de long et près de 5m de haut. « Vous verrez c’est une véritable forteresse. Si on enlève ce qu’il y a autours, on pourrait y tourner un épisode de Game of Thrones » nous dit Guillaume. Le pire c’est que c’est vrai… Les murs ressemblent aux murailles d’un château médiéval et les imposants miradors surplombent le paysage. Sur le chemin, à une cinquantaine de mètres du camp, on passe a côté d’une ferme. De la ferme on voit le camp, on le voit très bien et on voit également le chemin que les déportés utilisaient pour arriver à Mauthausen. La ferme était déjà là au moment de la construction de ce lieu de mort. Et après ils osent dire qu’ils ne savaient pas.
Nous arrivons devant le camp. Si imposant, on se sent ridiculement insignifiant. Guillaume nous explique que l’entrée visiteurs se fait par l’ancienne porte du garage SS. Nous, nous allons entrer par la même porte que les déportés, en empruntant le même chemin qu’eux, 80ans plus tard. Nous passons entre les différents mémoriaux des différents pays. Il y en a tellement, Allemand, Anglais, Espagnol,Français, Italien, Russe…
Nous voila devant la porte de Mauthausen. Deux immenses battants de bois mesurant 3 ou 4 mètres de haut encadrés par deux miradors. Nous passons la porte. La différence, c’est qu’elle ne se referme pas sur nous avec un bruit sourd comme elle le faisait sur les déportés. En arrivant ils avaient droit à un discours de « bienvenue » du chef du camp qui leur disait « Vous êtes entrés par cette porte, vous sortirez par là-bas » et il désignait la cheminée du four crématoire. Quelle cruauté. Nous nous tenons sur la place d’appel qui s’étend si loin, autrefois en terre et pierres, aujourd’hui bétonnée. Il reste encore quelques baraques sur les côtés.
Il fait chaud, le soleil nous tape dans le dos. Eux, ils devaient attendre ainsi, debout sous le soleil cuisant, le vent, la pluie ou la neige pendant des heures, vêtus de leur tenue rayée, leurs sabots de bois leur blessant les pieds. Nous suivons Guillaume vers les douches situées en sous-sol. Nous descendons les marches irrégulières de l’escalier. Nous devons rester un minimum concentrés pour ne pas tomber, et encore, nous ne sommes pas fatigués, affaiblis, dénutris, bousculés, frappés… En bas l’air est chargé d’humidité, on sent l’odeur acre de la mousse et de la moisissure. A 28 nous remplissons déjà un quart de la pièce. Ils étaient 500. Guillaume raconte, nous écoutons. « Ils se bousculaient d’abord pour être sous les sorties d’eau afin de pouvoir boire. Les SS ouvrent les vannes et alternent eau glacée et eau brulante. Les déportés s’écartent alors de l’eau mais les SS les frappent et les repoussent sous les douches. Cela dure tant que les SS le veulent. Quand ils le décident, RAUS ! » Je tressaille. Son cri, qui résonne à présent dans la pièce, m’a ramenée brusquement à la réalité.
Nous nous dirigeons à présent vers une des baraques. Il y fait très chaud, à 600 entassés à l’intérieur l’air devait y être irrespirable. On ouvre les fenêtres. On peut, ils ne pouvaient pas. On s’assoit tous en arc de cercle autours de Guillaume. Nous buvons ses paroles. Des gens passent dans la baraque, regardent le groupe, les charpentes, mais ne s’arrêtent pas une seule seconde dans ce lieu chargé d’Histoire et de Mémoire. Comment veulent-ils comprendre ? Guillaume à l’œil, il a remarqué qu’un couple est resté dans l’encadrement de la porte à l’écouter. Ce sont des Français, il leur propose alors de nous suivre, ils acceptent.
Ensuite nous allons au bunker où se trouvent le four crématoire, la morgue et, au sous-sol, la chambre à gaz. Cette dernière n’est pas bien grande. Difficile d’imaginer que des milliers de gens y ont perdu la vie. Il y a également la Chambre des Noms où les noms de tous les détenus sont écrits blanc sur noir . De loin ce n’est qu’une étendue lumineuse, si on se penche un peu plus, on y lit des noms Russes, Italiens, Français, Polonais, Espagnols… En ressortant je garde à l’esprit que, là où je suis à cet instant même, des milliers de déportés ont marché avant nous, y ont travaillé, y ont souffert, y sont morts. Je les vois presque déambuler devant moi dans leur tenue rayée, hagards.
On ressort du camp en silence, repensant à ce que nous venons de voir et d’entendre. Manon et moi déposons la gerbe avec Jérôme devant le mémorial Français, faisons une minute de silence puis Laurine, Élise, Elea, Oriane, Corentin et Lucie lisent le poème J’accuse de Jean Cayrol.

Mauthausen

Guillaume nous expliquant la vie au camp dans la baraque.

Chambre des Noms à Mauthausen.

Dépôt de gerbe devant le mémorial Français.

Cette découverte de Mauthausen a été bien différente de celles de Gusen et Melk car, à Mauthausen, il reste beaucoup de choses. On se projette plus dans l’univers du camp. Aujourd’hui nous avons touché du doigt la cruauté Humaine.

Nolwenn