3eme jour : Visite du Kommando de Gusen et du camp de concentration de Mauthausen

Samedi 22 août 2009

Journée difficile par l’ampleur des atrocités commises par les nazis. On commence avec le Kommando de Gusen, presque entièrement rasé, où des habitations sont aujourd’hui à l’endroit de la mort de tant d’individus. Certains ont même poussé l’ironie et le mauvais goût à posséder un barbecue derrière le mur mitoyen au four crématoire… L’entrée du camp est une villa surveillée par des caméras de surveillance, appartenant il y a des années de cela selon les infos de Guillaume, au descendant d’un nazi. L’habitant sait tout ça, tout comme ceux qui ouvrent leurs volets sur le four. Et pourtant…On comprend bien le problème de la mémoire dans cette région
Guy et Robert prennent la parole un et à un, et l’image qui restera gravée dans les têtes est bien celle de Guy tapotant la joue de Robert en larmes. Ce geste vaut mieux que toutes nos mains sur ses épaules car lui, il comprend. Nous, on sait mais finalement, on ne parviendra jamais à décrire l’immensité de l’horreur où ils ont été plongés.

Route vers Mauthausen : les murailles entourées de miradors glacent le sang. Silence dans le bus. Il y a une pluie battante. Le lieu nous parait géographiquement insupportable alors que nous avons des parapluies et des pulls, pas un pyjama rayé. Nous prenons le chemin des déportés, dépassant à chaque mètre un monument à la mémoire des victimes de ce camp. Nous pénétrons dans l’enceinte avec l’étrange impression de participer à cette page de l’histoire à notre manière. Nous en ressortirons quelques heures plus tard, pas par le même chemin que les déportés…

Visite des douches et des baraques. Je ne vais pas plus loin car je fais une interview avec Guy, Robert et Gaëtan. Moment privilégié avec eux où je comprends l’importance de la nourriture dans la vie d’un déporté. Je revois Guy et Robert entonner ensemble une chanson de partisans; celle qu’ils ont chanté aux nazis pour se donner du courage lorsqu’ils travaillaient. C’est émouvant. La discussion s’allonge : la solidarité entre les détenus n’est pas immédiate, pas assurée, c’est ce que je retiens d’une confrontation entre les vies de ces deux témoins. La vie ne tient qu’à un fil : la chance. Descente ensuite dans la carrière, en repensant à ce que j’avais vu en 2006 : chambre à gaz, morgue, ongles enfoncés par la douleur dans les murs…
Discussion avec Nicole, femme de déporté. Comment gérer les cauchemars, les larmes, les regrets, la culpabilité du survivant ? En écoutant, en encourageant, inlassablement, en donnant à celui qui pensait n’être qu’un « Stuck » une humanité, une importance, de l’amour. Être avec lui, toujours, le protéger, être à la fois mère et épouse…
Nous sommes en face du « Mur des Parachutistes ». Nous si petits face à l’immensité de la carrière où tant d’âmes ont péri. Quelques pas sont de mises dans une certaine solitude intérieure.

_Aujourd’hui, nous avons touché du doigt l’horreur d’un camp. L’horreur réelle, physique, malsaine, l’odeur de la mort, l’impression de visiter un cimetière anonyme, à taille inhumaine où l’être humain n’existe plus. Pourtant nous sommes bien là, le cœur battant, marchant dans ce chemin poussiéreux.

Il suffit d’un peu de concentration pour voir déambuler ces fantômes rayés derrière nous.

Pauline

Photo : Robert et Guy à Gusen, 22.08.09
De gauche à droite : Justine, Hugo, Nicole, Robert, Pauline, Guy, Alice

1er jour : voyage pour Vienne

Jeudi 20 août 2009
 Premier jour du voyage. Après un début de rencontres à l’aéroport, de Blagnac, c’est dans l’avion que les langues commencent à se dénouer et que les liens se tissent petit à petit : nous commençons une véritable aventure humaine que je sais riche en émotions. Après une courte pause à Paris, c’est à bord du vol Air France AF 2038 que nous atterrissons à l’aéroport de Vienne- Schwechat. Déjà la mélodie tant critiquée de la langue allemande résonne à mes oreilles : nous sommes en terrain inconnu et finalement, l’aventure peut commencer.
Au travers de notre bus « Joli Coeur », des premières images de Vienne nous parviennent mais il faut dire que la faim et la fatigue nous assomment de toute part. Arrivés dans notre hôtel, les critiques fusent sur une serveuse un brin revêche déjà surnommée Gretchen. C’est la preuve _ pour Sylvain notamment_ que nous allons mieux. C’est pourtant dans la chambre 429 que nous prenons conscience du programme de demain : nous allons visiter, après une balade en bus, le Kommando de Melk. C’est grâce à cette première réunion qu’un sentiment d’urgence se dessine : l’impression d’un temps menaçant qui nous compresse sans que l’on puisse assimiler paisiblement ce que nous allons tenter de comprendre. L’urgence de la mort successive de nos derniers témoins (combien la mort de Georges peut peser !…) fait avancer l’heure cruciale où personne ne pourra vraiment nous expliquer l’histoire des camps de concentration nazis.
Une problématique : qu’est-ce que la mémoire ? Comment l’honorer en construisant un futur ?
Nous sommes au cœur de l’Europe pour tenter de percer ce problème. Car après tout, c’est une question vitale.
Et nous ne sommes pas seuls pour chercher.
Demain, tout commence.
Pauline

Photo : Les Beaux-Arts de Vienne, lieu remplit d’histoire malgré lui puisqu’il dessina le destin d’Hitler.
Pour les lecteurs, je vous conseille ce roman : La Part de l’Autre, d’E-E Schmitt

2eme jour : Visite de Vienne et du Kommando de Melk

Vendredi 21 août 2009
Après une visite guidée de Vienne quelque peu frustrante (j’aurais aimé que l’on marchât plus pour visiter plus, sans le bus !), c’est avec bonheur que l’on prend conscience de la beauté certaine de la ville : châteaux baroques, d’art nouveau, Beaux Arts où Hitler échoua à deux reprises scellant l’avenir de l’Europe, le Belveder et autres hauts lieux touristiques.
Le déjeuner avalé, nous prenons la route avec la voix berçante d’Annie qui tente de nous faire passer quelque chose en pleine digestion. Direction le Kommando de Melk. L’entrée est camouflée par les arbres et la cheminée du four crématoire cachée par le lierre. Selon Annie, dans 5 ans, on ne voit plus rien. Je crains qu’elle ait raison. Les premières dalles commémoratives nous rappellent quand même que nous sommes dans un lieu de misère. Robert s’arrête : « Ah oui, eux, ce sont les Tchèques. »Il ne reste du camp que le four et la morgue (avec sa table d’autopsie si sommaire.)
Après un dépôt de gerbe et une minute de silence, la conversation avec les aînés peut commencer. Il suffit de jeter une question simple, banale, au hasard, et tout sort. Les larmes de Robert, ému en repensant à ses camarades décédés, transpercent tout le monde. Je suis à côté de lui mais il n’est plus avec nous et je ne peux rien pour lui. Mon bras contre son dos parait si vain… Il poursuit tout de même son récit d’infortune car ce sont ses copains qu’il honore là. Nous portons la mémoire de ces victimes avec lui, mais sans comparaison.
Son récit est long, haché, comme porté par les vagues de souvenirs qui reviennent à sa mémoire. Chose intéressante : sur son chemin vers la libération, il aide une « magnifique jeune femme, les cheveux longs hein ! » qui s’appelle Simone Veil.
Il faut encaisser le coup, ce sera long, difficile surtout et demain, la journée sera la plus pesante de toutes.

Pauline

Photo : Morceau du four crématoire de Melk, 21.08