Troisième jour : visite du château de Hartheim

Troisième jour : visite du château de HartheimTroisième jour : visite du château de HartheimTroisième jour : visite du château de HartheimTroisième jour : visite du château de HartheimTroisième jour : visite du château de HartheimTroisième jour : visite du château de HartheimTroisième jour : visite du château de HartheimTroisième jour : visite du château de Hartheim

Quand on arrive dans la petite ville proprette de Hartheim, on aperçoit forcément le  beau château renaissance qui domine les toits. Nous ne faisons pas exception à la règle. Mais il y a une différence : la veille, certains ont lu des explications dans la plaquette et vu des photos et de toute façon, Guillaume nous le fait immédiatement remarquer. Car ce château est le lieu où nous allons et où ont été commises tant d’atrocités. Le décalage est choquant et c’est silencieusement que nous descendons du bus pour nous approcher de l’entrée. Guillaume nous parle de l’expression « les centres d’euthanasie » pour nous expliquer que ce n’est pas de l’euthanasie : les Hommes qui viennent à Hartheim n’ont pas fait le choix de mourir. Ce château accueillait des personnes handicapés avant la guerre et s’est transformé en 1939 en un endroit de mort, où des bus pleins d’Hommes rentraient, pour en ressortir vides. Les gens qui habitaient à côté, encore une fois, savaient. Guillaume nous explique qu’il n’y a aucune baraque, car « on n’y stationne pas ».  Hartheim n’est pas un camp. Hartheim est un lieu d’assassinat systématique où les victimes sont gazées dès leur arrivée.
La transformation de Hartheim a lieu pour le projet  « Aktion T4 » qui a pour objectif « la purification de la race aryenne » voulue par l’idéologie nazie. D’autres centres sont également mis en place. Les victimes de ce projet sont les handicapés, physiques et mentaux, qui appartenaient à la population du IIIe Reich. Mais face à des protestations, le programme est officiellement stoppé. Cependant, l’extermination des enfants handicapés de moins de 3 ans est totalement maintenue pendant que le programme 14f13 se met en place. Celui-ci vise à éliminer les « indésirables » et les « adversaires » du régime. Des docteurs effectuent alors des « sélections » dans des camps comme Mauthausen.
Nous pénétrons dans la cour. Le décor magnifique nous empêche de prendre la vraie mesure de l’horreur de ce qui s’est passé ici. Le déclic ne se produira que plus tard. En même temps, le lieu assez petit par rapport aux autres lieux de mémoire, permet de situer très clairement ce que Guillaume nous explique.
Nous rentrons dans le bâtiment en suivant le chemin qu’empruntaient les futures victimes.  Une vitrine expose des objets qui leur appartenaient : des petites lunettes en particulier qui nous rappellent que beaucoup de victimes étaient des enfants, considérés comme indignes de vivre ! Mais pourquoi ? De quel droit a-t-on décidé de leur vie ? Des photos nous entourent : les victimes dont on a pu retrouver une image. Beaucoup de cases ont été laissées vides.
Guillaume nous raconte que le commandant responsable de l’opération avait une nièce handicapée, donc destinée à être tuée, ce qui ne l’a pas empêché de signer les papiers qui la condamnaient. La puissance de l’idéologie nazie et de l’endoctrinement nous frappe en pleine face.  Nous apprenons aussi que des invalides de guerre allemands ont étés assassinés ici. Ils s’étaient pourtant battus pour leur pays ! Nous restons atterrés devant  tant d’extrémisme.
Dans la salle suivante, les noms de toutes les victimes (du moins ceux retrouvés) sont inscrits sur des panneaux en verre. Les voir écrits un par un nous rappelle que les déportés et les victimes du régime nazi ne sont pas un bloc mais des êtres humains uniques avec leur histoire, leurs rêves, leurs souffrances… Dans les livres d’histoire, on nous donne des chiffres. Énormes, bien sûr, mais qui restent des nombres. Pour Hartheim, on compte environ 30.000 victimes.  Voir écrits ces noms, nous bouleverse comme à Mauthausen mais c’est aussi d’un certain côté réconfortant de voir une part de leur humanité rendues à ces hommes, ces femmes, ces enfants… Au fond, une vitrine expose un bloc de terre entier extrait lors des fouilles autour du château. On y voit un tas de vêtements, des tasses…  Les effets personnels des victimes avaient été tout simplement enterrés dans le jardin. Se dire que c’est tout ce qu’il reste d’eux avec leur nom est affreux et un profond sentiment de révolte envahit certains de nous. Pour d’autres, cela viendra plus tard.
Nous continuons la visite. Étonnamment, nous arrêtons de suivre le chemin des victimes car « l’intention recherchée n’est pas de reproduire le chemin des victimes, encore moins de faire « ressentir » à leur place, mais de créer une distance sachant qu’il existe entre le visiteur d’aujourd’hui et les victimes de jadis un abîme infranchissable » selon le prospectus que nous récupérerons à la sortie…  On doit avouer que le concept nous laisse un peu perplexe… Mais même. Se retrouver dans cette pièce où des gens sont morts est dur. Guillaume nous situe les choses car tout est très mal indiqué dans cette partie et les installations ont étés détruites pendant la guerre pour effacer toutes les preuves du crime. Il nous explique aussi que Hartheim a été un lieu de test pour l’élaboration des chambres à gaz telles qu’elles ont été mises en place dans les centres d’extermination. C’est glaçant de se dire que les nazis préparaient tout et étaient, comme nous le répète Guillaume, très « scientifiques » dans leurs démarches. Que des Hommes puissent réfléchir froidement à la façon la plus efficace d’en tuer d’autres est juste inconcevable pour nous.  Puis vient la morgue. La seule chose dont nous avions envie était de sortir de cet endroit. Nous entrons dans la pièce où était le four crématoire lui aussi disparu pendant la guerre. Un éclairage au sol indique son emplacement. Pour beaucoup, c’est dans cette salle que le lieu et le poids de sa signification nous tombe vraiment dessus. Juliette doit sortir.
Dans une salle d’exposition un peu plus loin, Guillaume nous raconte comment deux des déportés espagnols qui avaient été envoyés pour détruire les preuves à Hartheim, ont trouvé le courage de cacher des documents dans un mur pour laisser une trace de ce qui c’était passé là. Ils sont revenus des camps et quand on leur a assuré que rien ne c’était jamais passé à Hartheim, ils ont demandé de casser ce mur précis. Sans ces deux hommes,  la sinistre histoire de ce lieu aurait pu être oublié à jamais et avec elle la mémoire de ses si nombreuses victimes.
Quand on ressort à la lumière du jour, le château ne nous paraît plus aussi beau… Ce lieu qu’on embrasse d’un coup d’œil de l’intérieur laissera des images gravées dans nos esprits alimentées par tout ce qu’on a vu dans les salles et que vient de nous dire Guillaume. C’est peut-être à Hartheim que nous commençons à prendre la mesure réelle du crime nazi, parce que ce lieu, avec sa taille humaine par rapport aux autres camps, permet d’imaginer très clairement les choses même s’il ne reste rien.
Vient le temps de commémoration devant les plaques sur un des murs de la cour. Tout le monde a la gorge serrée.  Robert, Soazig, Sarah et Serge dépose la gerbe. Nous ne lisons rien. Personne à Hartheim n’a laissé un témoignage, un poème… Ce silence inhabituel dans nos commémorations est lourd mais correspond au lieu et aussi à notre état d’esprit. La minute de silence est dure comme chaque fois et chargée d’incompréhension et d’horreur. Certains pleurent. Nous paraissons tous dans un état second. Il est possible que Guillaume ait fait un discours mais nous nous ne souvenons plus sur quoi. S’il y en a eu un, tout le monde était tellement bouleversé que personne n’a pensé à filmer alors que Laurence avait pris l’habitude de le faire.
Guillaume nous propose, pour ceux qui veulent, d’aller voir la boutique à la sortie du château. Mais pour la plupart d’entre nous, c’est beaucoup trop difficile de rester dans ce lieu. Nous nous asseyons dans l’herbe à la sortie du château. L’atmosphère est lourde. Personne ne parle, tout le monde est plongé dans ses pensées. Certains proposent des gâteaux mais personne n’a envie de manger. Les mouchoirs circulent, on se soutient comme on peut après cette visite qui nous a tous retournés. Après quelques minutes, nous nous dirigeons vers le côté Est du château où ont été déposées les cendres et les restes des victimes.  Il y a des plaques commémoratives sur la façade et Guillaume nous parle de Marie-Christine, conseillère générale énormément engagée dans la préservation de la mémoire qui nous a quittés en 2012 suite à un cancer. En 2009 lorsqu’elle accompagnait le voyage, ces mêmes plaques commémoratives étaient envahies par le lierre et elle a tout arraché. La voix de Guillaume se brise, il n’arrive pas à continuer. Serge lit un poème d’Apollinaire en sa mémoire. Les adultes et Marguerite qui la connaissait déposent une bruyère. Nous, nous ne la connaissons pas mais l’émotion nous submerge. La tension accumulée pendant cette visite mais aussi les derniers jours est trop forte. Et les larmes coulent, pour… tant de choses en fait, pour tant de gens…
Nous retournons vers le bus, Robert nous réconforte et pousse le fauteuil roulant sur lequel on déplace la gerbe. C’est lui qui nous soutient dans cette épreuve, c’est tellement surréaliste ! Nous nous prenons d’énormes « claques » comme nous avait prévenu Guillaume, mais lui qu’est-ce qu’il doit ressentir ! Il a vraiment une force incroyable en lui. Nous ne repartons pas tout de suite, retour à la case assis dans l’herbe à se réconforter mutuellement. On commence doucement à sortir de notre silence, quelque uns plaisantent, d’autres parlent avec Nicole, d’autres doivent s’isoler pour « digérer » le choc de la visite, Sandrine amène les bonbons… Une chose est sûre, ce château a changé encore quelque chose au fond de nous. La réunion du soir sera longue… Et les liens qui nous unissent sont plus forts que jamais.

Samantha, Rémy et Audrey M.

Troisième jour: retour à Mauthausen et visite de la carrière

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Le lendemain matin, le bus nous ramène à Mauthausen. Contrairement à hier, nous savons ce qui nous attend : une immense forteresse de pierre construite par les déportés, sa lourde porte d’entrée et son interminable place d’appel. Cependant, nous ne nous sommes rendus ni au musée, ni dans la carrière. Cette visite séparée en deux jours était une volonté de la part de Guillaume, pour nous laisser le temps de réfléchir et de repenser à ce que nous avions vu la veille. Nous avons aussi pu en parler lors de la réunion du soir.

Lorsque nous arrivons au camp, nous reprenons le chemin des déportés, et nous passons la porte d’entrée. Une fois dans le camp, Guillaume nous amène devant le « mur des lamentations », nom que lui avaient donné les déportés. Des hommes y étaient attachés et battus jusqu’à ce que mort s’en suive. Les déportés qui rentraient de la carrière devaient passer devant ce mur tous les jours.
A ce moment, nous gorges se serrent, nos yeux s’humidifient et nous retombons dans le calvaire de Mauthausen.

Nous avançons ensuite sur la place d’appel, Guillaume désigne alors une des baraques comme étant « le bordel ». Devant notre incompréhension, il nous explique que des femmes déportées étaient emmenées dans cette baraque. Seuls les kapos et quelques prisonniers qui avaient « rendu service aux SS », en dénonçant un autre déporté par exemple, avaient le droit de se rendre dans ce bâtiment. Chaque trois mois, les femmes étaient assassinées dans la chambre à gaz et de nouvelles arrivaient dans le camp.

Guillaume nous annonce alors que nous sommes « libres » pour une heure. Une heure, tout seul dans le camp, où nous pouvons aller où nous voulons avec qui nous voulons. Nous sommes d’abord surpris car nous avons été toujours guidés. C’est l’occasion pour quelques uns de retourner dans des lieux que nous avions vus la veille ou comme pour moi de découvrir de nouveaux bâtiments. Je me dirige vers une bâtisse : une fois à l’intérieur, je découvre que la pièce a été transformée en une salle des drapeaux. En avançant encore, j’entre dans une chapelle. Sur les murs sont affichés des tableaux que je trouve choquants : des déportés portant une pierre sont éclairés par une lumière divine… Et ce n’est qu’en poursuivant vers le fond de la salle que j’arrive dans une petite pièce et que je découvre une pancarte sur laquelle il est indiqué que ce lieu n’a été transformé en chapelle qu’après la libération du camp. Et c’est ainsi que resurgit mon malaise dans ce camp : j’ai le sentiment que tout est mal indiqué, rien n’est expliqué et que si on s’y rend sans guide, on ressort du camp sans avoir rien appris, ni compris. Pourtant, cet endroit devrait faire prendre conscience de l’ampleur de l’horreur nazie mais ce n’est qu’un lieu vide, dont certaines parties ont été détournées de leur première fonction !

Après s’être réunis à nouveau, nous traversons rapidement le musée de Mauthausen, récemment construit. En effet, Guillaume souhaite que nous prenions du temps pour nous rendre dans la carrière. Nous passons par la salle où tous les noms de déportés sont inscrits. Cette œuvre permet de redonner un nom à ces milliers d’hommes que les nazis avaient essayé d’effacer en les appelant uniquement par leur matricule. Cette table recouverte de nom éveille deux sentiments contradictoires : d’une part ma peine s’accroît à chaque fois que je lis un nom mais je me sens aussi comme apaisée du fait qu’on redonne à ces hommes un tant soit peu de dignité…

Nous sortons du camp et nous nous dirigeons vers le tristement célèbre « escalier de la mort » qui mène à la carrière de Wienergraben. Après quelques minutes, nous nous trouvons en haut des 186 marches. La pente est impressionnante et on ne voit pas la fin de l’escalier… Nous devons en plus imaginer que les marches ont toutes été refaites afin que les visiteurs puissent les emprunter. Pendant la guerre, elles étaient de tailles et de longueurs inégales. Cette caractéristique avait été exigée par Himmler qui avait ordonné sa construction en 1939.
Nous commençons alors la descente avec précaution. Pendant ces 186 pas, j’imagine les prisonniers descendant en rang par cinq, au pas de course sous les cris et les coups des kapos et des SS. Ces 186 marches ont aussi été le lieu d’un kommando disciplinaire organisé à l’occasion de l’anniversaire d’Hitler : les détenus devaient monter et descendre sans jamais s’arrêter jusqu’à ce que mort s’en suive.
A l’extrême gauche de l’escalier, la falaise a été cruellement nommée « mur des parachutistes » par les SS. Un de leur « jeu » était de pousser les déportés pour qu’ils « volent ». Cependant, depuis que deux frères s’étaient donnés la main et avaient sauté, entraînant un SS dans leur chute, seuls les kapos se tenaient du côté de la falaise.

Une fois à l’intérieur de la carrière, Guillaume nous décrit l’enfer quotidien des déportés. Les hommes travaillent toute la journée dans un bruit de marteau piqueur infernal ; ils ne peuvent presque pas respirer à cause de la poussière permanente. Trois mois de travail dans la carrière sont souvent suffisants pour exterminer un détenu. J’ai beaucoup de mal à imaginer une telle horreur.
Aujourd’hui la nature a repris ses droits : des arbres poussent et le sol est parsemé de pelouse, on entend le chant des oiseaux…

Pourtant c’est dans cette carrière que notre voyage prend tout son sens. En effet, Guillaume nous explique que dans cet endroit et dans tous les lieux de crimes nazis, les SS ont essayé d’imposer un sentiment de haine et de peur. Mais malgré leur combat acharné, des détenus ont eu des gestes de solidarité, de fraternité…
D’ailleurs que signifie la fraternité ? Ce mot fait pourtant partie de notre devise nationale mais je pense qu’on ne mesure pas son ampleur et son importance.
Quand on y réfléchit un peu, que seraient la liberté et l’égalité sans la fraternité ?
Si tout le monde était « uniquement » libre, alors chacun agirait suivant ses propres intérêts et ce serait alors l’anarchie. Si nous étions tous « seulement » égaux, alors il n’y aurait plus de diversité et nous serions obligés d’adopter le même comportement et d’effectuer les mêmes actes. Ainsi la fraternité permet aux deux autres principes de notre devise de fonctionner, elle est notre engagement commun pour que nous puissions vivre ensemble, libres, dans une société sans inégalités criantes.

Cette fraternité doit s’appliquer non seulement entre les citoyens mais aussi entre les pays. En effet, le seul moyen d’entretenir une paix en Europe est qu’aucun de ses membres n’ait un projet domination. Car DOMINATION = VIOLENCE. L’Union Européenne prend alors tout son sens, il est vrai qu’elle connaît des dysfonctionnements, mais remettre son fondement en question serait risquer de voir s’achever ce climat de paix, de nombreuses fois déjà rompu dans le passé. Nous en tant que futurs électeurs, en tant que citoyens européens, nous auront aussi le pouvoir de changer en votant.

Ce discours que vient de prononcer Guillaume est celui qui m’a le plus marquée et m’a convaincue de la nécessité de témoigner à notre retour. Je me suis aussi sentie soulagée, comme si on avait enlevé une partie du poids qui pèse sur mes épaules. Je me dis que, demain, je pourrai agir, notamment en votant, et faire perdurer cette paix si précieuse.
Ainsi, le sacrifice des 43 nationalités de déportés présentes à Mauthausen n’aura pas été vain.

Léna P

Troisième jour : visite de Mauthausen

Deuxième jour : Visite du camp de Mauthausen.Deuxième jour : Visite du camp de Mauthausen.Deuxième jour : Visite du camp de Mauthausen.Deuxième jour : Visite du camp de Mauthausen.Deuxième jour : Visite du camp de Mauthausen.Deuxième jour : Visite du camp de Mauthausen.Deuxième jour : Visite du camp de Mauthausen.Deuxième jour : Visite du camp de Mauthausen.

6km séparent Gusen de Mauthausen. Nous nous arrêtons d’abord à la gare de Mauthausen pour évoquer l’arrivée des déportés dans les wagons à bestiaux. Il faut s’imaginer l’état dans lequel les déportés arrivent à cette gare, après avoir étés enfermés dans ces wagons pendant plusieurs jours, après les souffrances qu’ils ont endurés : la promiscuité, la saleté, la faim et surtout la soif. Une fois arrivé à la gare de Mauthausen les

déportés entament une marche rapide de 5km, rythmée par les coups des SS et les exécutio

ns des personnes trop lentes. Nous reprenons le bus en direction du camp de Mauthausen.
Soudain, après une petite montée au milieu d’un bois, nous apercevons soudain le camps de Mauthausen.La première chose qui nous frappe, c’est que ce que nous apercevons est en fait une immense forteresse.

Le bus se gare sur le parking et nous descendons silencieusement, impressionnés par ce camps qui ne ressemble pas du tout à ceux que nous avions déjà vus.

On empreinte le chemin des déportés, autrement dit on ne passe pas par l’entrée des garages SS. Depuis ce chemin nous voyons les villages alentours. Nous franchissons la porte qui se trouve à droite de l’entrée par laquelle les déportés pénètrent dans le camp. Qu’est ce que c’est grand, vide et silencieux. Guillaume nous raconte alors l’expérience de Pierre LAIDET :

« Lorsqu’on arrive à Mauthausen et que l’on découvre que ce n’est pas un camp comme les autres, que ce ne sont pas des réseaux de barbelés électrifiés sur des piquets mais une forteresse, que l’on découvre ces cheminées et ces fumées, ces odeurs âcres et que tout d’un coup, quelqu’un cri en tête de colonne : « Ici, on brûle les hommes! ». On est des hommes, on est des courageux mais l’angoisse monte. Lorsque qu’on a franchi le portail de Mauthausen qu’on est là sur la place d’appel au garde à vous que l’on se retourne pour regarder la passerelle qui est au dessus de la porte d’entrée où on voit le colonel ZIEREIS, l’empereur de Mauthausen, qui nous souhaite la bienvenue en nous disant, «  vous êtes entré dans le camps de Mauthausen, les portes se referment derrière vous. Votre porte de sortie elle est là, en face », il nous montre les cheminées des crématoires. La question est : comment ? Dans combien de temps ? »

Ensuite, on empreinte un escalier qui nous mène à la salle des douches. La pièce est sombre et étouffante. Ce n’est pas une chambre à gaz, insiste Guillaume, mais les nazis s’en servent quand même comme un moyen d’élimination des déportés : assoiffés après leur voyage, ils espèrent enfin boire sous la douche mais les SS envoient de l’eau glacée, puis de la vapeur d’eau bouillante… Quand Guillaume imite la voix des SS en criant « RAUS », sa voix résonne, un frisson me traverse. Nous sortons de cette pièce pour se diriger dans une baraque. Il fait lourd.

Nous entrons dans une baraque, le plancher craque sous nos pieds. Guillaume commence les explications. C’est dur d’imaginer ce que les déportés subissaient dans ces lieux. Pendant que Guillaume décrit la vie dans les baraques, trois français se joignent à nous pour écouter les explications. Robert prend la parole. Il nous raconte, décrit ce qu’il a vécu, ce qui paraît plus réel venant de lui. Il en vient au sujet de la solidarité dans les camps. Il nous parle alors d’une rencontre qui l’a bouleversé à Dora. Un nouveau déporté arrive dans sa baraque, le corps et le visage couverts de plaies, en disant aux autres : « Surtout, nous ne touchez pas, vous allez attraper ma maladie ! » Mais Robert croise son regard et, profondément touché par son humanité, ne peut s’empêcher de l’embrasser. En remuant tous ces souvenirs, il craque. Nicole le soutient, comme toujours.. Nous craquons tous. Robert  a tant de force et de courage. Guillaume nous parle alors du rôle vital des proches des déportés après la libération, notamment de leurs épouses, ces femmes courageuses qui les soutiennent constamment pour les ramener à la vie. Puis il poursuit par un discours sur la fraternité, qui est très émouvant et touchant. On déambule dans la baraque, beaucoup de questions se posent dans ma tête, dont la première : Pourquoi ? C’est ce qu’un déporté avait dit à un SS après qu’il ait abattu un homme sans aucune raison et celui-ci lui a répondu « ici, il n’y a pas de pourquoi. » Nous sommes tous bouleversés en sortant de cette pièce.

Nous poursuivons par la Quarantaine. On entre dans ce lieu qui est délimité par un mur d’enceinte, où se trouvaient les baraques de quarantaine. On trouve simplement à cet endroit quelques croix. Les victimes du kommando de Gusen ont été enterrées avec un certain respect de leur identité dans des cimetières construit par les alliés. Dans les années 50, les corps ont été transportés à Mauthausen sans aucune sépulture. Nous sortons de la quarantaine. On se trouve au milieu de cette immense place, on se console, on se soutien.

On entre ensuite dans le musée, il y a des expositions. Après avoir traversé de nombreuses salles on voit les différents fours crématoires. Puis on arrive dans la chambre à gaz. Je redoute cette pièce, comme plusieurs d’entres nous je pense. Nous sommes 25 dans cette pièce, tous serrés. C’est lourd et oppressant. Guillaume commence à nous décrire la pièce et sa conception en détails, mais très vite, nous nous sentons étouffés et nous sortons.

Nous faisons une pause ; ça fait beaucoup d’émotions d’un coup. On s’assoit, Robert parle.

Nous devons partir, Mauthausen ferme ses portes.  On se dirige vers la sortie, en passant par la place d’appel, je me sens faible,  j’ai envie de crier, de vider toutes les incompréhensions qui se trouvent en moi.  On se dirige vers le mémorial français, en silence. La phrase qui se trouve sur le mémorial est très belle :
« Les morts ne dorment pas, ils n’ont que cette pierre, impuissante à porter, la foule de leurs nom, la mémoire du crime est la seule prière, passant que nous te demandons. »

Aragon

Nous procédons au dépôt de gerbe et à la minute de silence qui est tout aussi forte que celle de Melk et Gusen. Un groupe de jeunes et la famille qui nous a suivi durant l’après midi nous rejoignent, on se sent encore plus fort. Puis Vivian, Justine, Marion, Samantha et moi-même commençons à lire le poème « J’accuse » écrit par Jean Cayrol, déporté à Mauthausen en 1942. Ce poème est très fort, puissant.

 
J’accuse
Au nom du mort qui fut sans nom
Au nom des portes verrouillées Au nom de l’arbre qui répond

                                        Au nom des plaies au nom des prés mouillés

Au nom du ciel en feu de nos remords
Au nom d’un père qui n’aura plus son fils
Au nom du livre où le sage s’endort
Au nom de tous les fruits qui mûrissent

Au nom de l’ennemi au nom de vrai combat
Où l’oiseau avait fait son nid
Au nom du grand retour de flamme et de soldats
Au nom des feuilles dans le puits

Au nom des justices sommaires
Au nom de la paix si faible et dans nos bras
Au nom des nuits vivantes d’une mère
Au nom d’un peuple dont s’effacent les pas

Au nom de tous les noms qui n’ont plus de renom
Au nom des lois remuantes au nom des Voix
Qui disent oui qui disent non
Au nom des hommes aux yeux de proie

Amour je te livre aux premières fureurs de la Joie.
Jean Cayrol
Juliette.